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Australie
Terres   rouges

 

Le projet « Terres Rouges » se veut une enquête de terrain sur le parcours d’un pigment dans l’espace et le temps. Quel est le statut du rouge chez les Aborigènes d’Australie ? Comment l’utilisent-ils ? Quel pigment est porteur de sens ? Denrée précieuse, quelle est sa route sur le territoire australien ? Fut-il une monnaie d’échange ? A-t-il marqué une région, un territoire ?

Voici toutes les questions que je me posais, de façon abstraite, avant d’être sur les lieux. Et pour concrétiser cette recherche, je me suis immergée quelques temps dans une vie sociale qu’il me fallut apprivoiser.  Il s’agissait de comprendre un mode de fonctionnement qui nous échappe, et surtout observer ce pays qui nous entoure avec un regard neuf. Une évidence s’est révélée : l’attachement à la terre originelle a pris tout son sens. Ce renversement des valeurs m’a troublée… combien de temps les Aborigènes réussiront-ils à préserver ce sens aigu de la vie en communauté, marquée par des lois tribales complètement détachées d’une société de consommation à outrance ?

L’ocre rouge possède une valeur profondément ancrée dans les cultures indigènes d’Australie. Couleur rituelle à forte puissance magique, monnaie d’échange, conservatrice d’aliment…chaque tribu lui connaît une provenance et une histoire. Terre originelle, sang des ancêtres, sa valeur dépasse notre entendement de non-initié…

Ce rouge a, ici, toujours sa place. Il est couleur de la terre, donc intimement lié à un site. Il est localisable : un artiste me disait qu’il était capable de discerner chaque ocre rouge et de la rattacher ainsi à une tribu, un peintre, un rite précis.

Par contre, cette posture face à ce matériau colorant ne touche guère les artistes urbains de tradition classique, qui lui préfèrent un rouge plus saturé, pur, calibré et répondant à un cahier des charges précis. Ils ne racontent pas la même histoire, le système de références n’est point le même. A chacun sa mémoire. Il est donc  indispensable de se situer dans le contexte culturel de celui qui fait l’œuvre. Le choix des matières colorantes n’est pas toujours irréfléchi ou anodin…