Le caractère esthétique ou documentaire d’une image photographique devient secondaire puisqu’elle fait l’objet d’une activité créatrice. Son instrumentalisation "artistique", qu’elle soit totalement dirigée ou partiellement inconsciente, donne un caractère particulier au rapport qui s’instaure entre l’œuvre et son spectateur, entre l’oeuvre et son auteur. La représentation photographique est instrumentalisée, et sa fonction représentative déstabilisée par une multitude d’interventions exécutées au cours du processus créatif (utilisation de toile, de lumière, de tissus imprimés, manipulations de l’émulsion photosensible, montages et associations d’éléments). Cette complexité de construction conduit inévitablement à une personnalisation plus forte, qui doit pouvoir se prolonger dans le regard porté sur l’œuvre une fois exposée.
Ce regard et les résonances intérieures éventuelles qu’il provoque constituent l’un des objectifs de l’œuvre elle-même : transmettre ou susciter une émotion.
Citadelle / émulsion argentique sur toile, sur gaze, tissu imprimé, penture /
The Last Factory / émulsion argentique sur toile, tissu imprimé, penture /
Haute Silésie, 2003 / photographie argentique noir et blanc /
En Carré / émulsion argentique sur toile, tissu imprimé, penture, 24 x 25cm /











Manuscrits (réalisé avec Krzysztof Szalek)
L’écriture cursive est souvent réduite en Occident à sa seule fonction utilitaire. Sa valeur esthétique, à l’acmé des arts de l’encre et du pinceau, est le souci exclusif et millénaire des poètes et des peintres de l’Empire du Milieu. Malgorzata Lempicka-Brian et Krzysztof Szalek montrent leur adhésion à cet esprit quand, à la source de leur engagement esthétique, ils affranchissent l’écriture d’auteurs « phares » de la tradition occidentale de son sens narratif. Ce déconditionnement du verbal les fait pénétrer dans une aire de liberté où la calligraphie peut se lire à la fois comme un geste d’une beauté abstraite et comme un témoignage de l’espace intérieur de son auteur.
Pistes offertes à la conscience du spectateur, ces indices littéraires ou picturaux des jalons concrets dans un ensemble investi dès sa conception d’une temporalité essentiellement synchronique. Lis nous rappellent que la richesse de l’homme universel est la somme de destins individuels.
Denis Breaul