[Isabelle Rozenbaum]   [insomnie]   [Être au monde]   [biographie]
 

Depuis des années, j’appuie sur ce satané déclencheur.
Chaque jour mes envies et mes besoins se transforment,
mes yeux se fixent sur des hauteurs toujours différentes.
Et pourtant, pendant une année entière, j’ai dû expulser
une vraie direction jamais envisagée, jamais voulue ni
désirée. Mettre en forme dans une urgence endiablée
sans recours et sans dérobade, mes insomnies qui
recèlent des trésors de vie dissimulés. Mettre en lumière
des personnages intimes au devant de la scène, scènes
de conscience, spectres du génocide de la dernière
guerre. Dessiner en silence des êtres chers, des espaces
de mon existence qui hantent mes nuits, oser leur
donner une réalité. Oser chuchoter des cauchemars de
mort, de visions d’amas d’os et de sang, de trains
somnambules, de bois ruisselants de peurs.
Oser honorer les disparus de cendres malgré les sueurs
des nuits et les traversées sans détours.
Que ces voix nous sortent de nos retranchements et
nos violences, que ces visions renommées nous
poussent à reconnaître nos voies de chants de vie que
la photographie peut voir avec grâce.