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Interview avec Arnaud Laporte pour France
Culture
http://opticalsound.free.fr/COCOON-FRANCE-CULTURE.mp4

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Interview avec Léa Lescure pour modorevue.com
http://www.modorevue.com/

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« La musique pour construire un espace : Cocoon à Emo Son»
Prolixe, entier, et doté d’un net sens de l’auto dérision, l’homme
qui clamait
« J’ai toujours été très circonspect vis-à-vis de l’acte
artistique, en ce qu’il porte en lui quelque chose de l’ordre du refuge :
cette prétention qu’à l’art de dire quelque chose sur le monde, ou à tout
le moins dans le monde, et en même temps le caractère douillet de l’acte
artistique, de l’atelier, et jusqu’à l’espace de diffusion » a donné
vie il y a un an de cela à son projet solo, Cocoon.
Christophe Demarthe se dévoile en deux personnages: acteur majeur de la scène
musicale cold wave dans les années 80 à travers son groupe Clair Obscur , et
Cocoon , travail électronique aux orientations expérimentales dont l’acte de
naissance fut signé il y a 8 mois chez le label indépendant strasbourgeois
Optical Sound.
Plongeon dans les eighties en France: la gauche au pouvoir pour la première
fois depuis la fin de la guerre crée une atmosphère euphorique où tout
semblait possible, en témoigne la jeunesse déchaînée, les concerts dans les
squats, la naissance des radios libres... Les formations aujourd’hui cultes
qui bercèrent cette époque inédite étaient Joy Division, The Cure, Tuxedo
Moon, DAF, Suicide…et dans une moindre mesure en France Clair Obscur, le
premier visage de Demarthe. Son groupe mettait un point d’honneur à ce que
chaque spectacle soit un événement mis en scène et jamais deux fois
identique, incluant le concours de performers, danseurs, plasticiens, musiciens
venus du rock, du jazz, du classique, et s’attachant à casser les schémas établis
de la représentation, en investissant par exemple un théâtre à l’italienne
pour y créer une ambiance faussement bucolique, avec orchestre de chambre et
tableaux impressionnistes, afin de mieux la détruire par la suite.
2004 : Christophe récidive dans un anonymat volontaire avec un projet dont
le style dénote radicalement de sa précédente formation, passant d’un genre
où les spectacles frôlent l’hystérie - groupies demandant un autographe sur
leurs pubis - à une scène confidentielle, très intellectualisée, toute en
retenue, au sein de laquelle l’écoute prime sur l’incorporation de la
musique. Refusant de faire appel à son ancienne notoriété, Demarthe intègre
cependant la mouvance électronique expérimentale avec bonheur, le baptême de
Cocoon aux Voûtes le 18 juin 2004 l’entraînant de la Pologne à la Villette.
Cocoon, le titre éponyme du premier album de Mr Hyde, offre des sonorités très
contrastées, évoluant aisément de morceaux ambient hypnotiques et froids, aux
boucles mélodiques, aux incursions bruitistes, en passant par des pièces
dansantes.
Du post rock à l’électro expérimentale, quelles sont les caractéristiques
du travail de Demarthe ? Une esthétique macabre et noire doublée de l’énergie
très sexuelle d’un concert rock, qui trouvent écho chez Cocoon dans les scènes
SM évoquées ; la recherche systématique d’une scénographie
audacieuse, présente dans Clair Obscur dont les concerts mêlaient performance,
danse et musique au sein d’une scène enfermée dans ses codes, comme dans
Cocoon qui réussit l’exploit d’être ludique et interactif avec un laptop ;
un positionnement politique, imposé dans les 80s à travers des scénographies
qui forçaient le spectateur à s’engager (et dont le plus bel exemple fut un
reality show très avant-gardiste qui appelait le public à voter - réalisé à
Creil en 1984), et qui devient dans son projet solo une réflexion suggérée
par le biais d’association d’images largement équivoques et presque gênantes.
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A l’œuvre...
Christophe Demarthe
Entretien avec...
Léa Lescure
Je profite de la participation de Christophe Demarthe au festival Emo Son (décembre
2004) dont la programmation alléchante inclut Cocoon et Clair Obscur dans la même
soirée (ainsi que Jérôme Noetinger & Seiji Murayama, Antez & David
Chiesa), pour rencontrer ce brillant schizophrène à Paris, avant de constater
de fait son talent inclassable.
On te connaissait en tant que chanteur de Clair Obscur. Peux tu m'expliquer
pourquoi et comment est né Cocoon ?
Paradoxalement Cocoon est né sans intention. . . J’ai commencé à composer
tous ces titres qui aujourd'hui forment le premier album de Cocoon à une période
au terme de laquelle, avec mes collègues de Clair Obscur, nous nous étions
heurtés à toutes les impossibilités : les refus, les portes dans la gueule,
les fins de non-recevoir. Donc j'ai élaboré la musique de Cocoon dans cette
atmosphère quelque peu sinistre et sans issue, en composant cette musique de façon
un peu onnanique, avec juste le plaisir que me procurait la composition de ces
titres à l'instant T, sans penser à un après, à une mise en forme spéciale
de l'ensemble en vue d'une diffusion quelconque... Et puis, à force de passer
beaucoup de temps dans cette bulle, dans ce cocon, j'ai senti que l'ensemble
ressemblait à quelque chose, un univers avec ses correspondances internes, que
cet univers décidément me plaisait et qu'il pouvait possiblement plaire à
d'autres.
Et paradoxalement, Clair Obscur revient sur scène en même temps que Cocoon
gagne en succès…
Effectivement le baptême du feu de la reformation de Clair Obscur après sept
ans d'absence s'est super bien passé (le 6 novembre au festival Heaven's Gate
à Strasbourg). Excellents retours des spectateurs, qui connaissaient notre
musique, y compris les plus jeunes...
C’est un peu le même processus : j'ai démarré Cocoon ou plutôt ce qui
est devenu Cocoon comme ça, sans projection particulière, et je me suis
replongé dans Clair Obscur exactement dans le même état d'esprit, juste pour
le plaisir, l'envie de réentendre, de réinterpréter cette musique, juste pour
la jouissance. En disant ceci, il me revient les mots d'un autre acteur musical
de la scène des années 80, Die Form (1), qui parlait de jouissance indifférenciée.
Et puisque nous sommes dans la jouissance, je pense aux deux concerts d’Emo
Son : je vais être plongé à une heure d'intervalle dans deux énergies
radicalement différentes. Je suis curieux de ce que cela va produire, sur le
public, sur moi : passer d'une performance distanciée, pince-sans-rire, à
quelque chose de très physique, de très intérieur...
Alors que Clair Obscur est largement instrumental, Cocoon est uniquement du
laptop. Quelle différence perçois-tu dans ces deux façons de travailler, au
niveau de ce que tu exprimes et du rendu ?
J'ai entendu un certain nombre de réactions à propos de Cocoon qui parlent
d'une grande musicalité, d'un développement dramaturgique même si je n'ai
fait appel à aucun instrumentiste, contrairement à Clair Obscur qui s'est
souvent assuré le concours d'interprètes multiples.
J'ai l'impression de travailler un peu (je dis bien un peu) sur certains titres
de Cocoon comme avec des masses sonores, un peu (je redis bien un peu) comme
chez Scelsi (2), par exemple, qui parvient à créer ces masses sonores avec des
enchevêtrements incroyables de cordes, de cuivres...Ainsi, dans Sleep, il y a
juste une courte boucle de cordes extraite d'un titre de Dutilleux, et toute la
longue mue de 9 minutes 30 que j'ai créée est produite uniquement par mon
intervention sur les circuits de la machine.
C'est vraiment du travail en temps réel où je laisse tourner le magnétophone
en position enregistrement, en travaillant la matière du son dans mon ordi, et
en décidant du début et de la fin du morceau. Des titres comme Sleep, Webern
ou Fine Arts, n'ont absolument pas été remontés après leur enregistrement en
temps réel.
Comment définis-tu ton travail actuel ?
Je pense que je le définis comme je le définissais déjà pour CO. : je
construis un espace. J'ai un rapport vertical à la musique, où le déroulement
mélodique m'importe peu. Je pénètre dans une pièce vide et je l'ammeuble
petit à petit.
Une part importante de ton travail en tant que Cocoon est réalisée sur
l'image, tant dans les sets que sur l'album, qui contient une partie interactive
créée par Servovalve. Que nous dis-tu avec ce choix d'images et de situations
filmées ?
La musique s'autosuffit. L'envie (ou la nécessité : je ne trancherai pas) de
l'image est venue au moment où s'est posée la question de la présentation de
cette musique (au public, en live). Je dis bien présentation, et non représentation,
parce que c'est une donnée essentielle de toute la création post-moderne, ou même
néo-post-moderne si on veut plaisanter.
J'ai découvert avec bonheur la scène électronique expérimentale au milieu
des années 90, après une dizaine d'années de néant, de propositions
artistiques pauvres. Cette scène me ramenait à l'ébullition musicale des
early 80's. Il y avait (et il y a) juste une chose qui me chagrinait dans ces
concerts, c'était leur présentation… si voulue, bien entendu… une présentation
éminemment post-moderne, jouant sur l'absence-présence, une posture que l'on
retrouve évidemment dans tout un pan de la création plastique contemporaine,
et qui est devenue... lassante, parce que convenue. Une fois qu'une chose est
posée, comprise, pourquoi la marteler encore et encore ? Cela est aussi
ridicule qu'il serait ridicule aujourd'hui de prétendre vouloir faire de la
provocation.
Alors, les premières images ou premiers textes apparaissant à l'écran posent
un peu cette problématique. Et les autres images posent d'autres questions. Ce
qui est intéressant, c'est qu'en m'attaquant à cette croisade au rabais qu'est
la (re)présentation dans les concerts d'électronique expérimentale, je suis
arrivé, involontairement je le confesse, à interroger la question du déplacement,
voir comment des individus déplacent d'autres individus selon ou contre leur gré,
faisant ainsi se confronter la sphère publique (politique) et privée
(sexuelle). Il y a certaines images que j'ai choisies de ne pas montrer mais que
tout le monde a vues (les images de tortures infligées par les soldats américains
aux prisonniers de guerre irakiens, NDLR) et dont parle très bien Susan Sontag
dans un article intitulé « Devant la torture des autres » (3) et
qui, rapprochées de certaines autres images de la sphère très privée du SM,
donnent le vertige. Ainsi les pans les plus reculés de la sphère privée
seraient tout contre la paroi fine comme du papier à cigarette de la sphère
publique...
1_Die Form, groupe français crée en 1979 à la musique difficilement caractérisable,
mélange d'électro, d'Indus et de techno, dont le nom fait référence à un
journal allemand des année 20 qui était lié au Bauhaus.
2_Giacento Scelsi (1905-1988), compositeur italien visionnaire, dont l'esthétique
musicale, proche de la musique sérielle, consiste en une exploration extrême
du son, hors de toute articulation mélodique, rythmique ou formelle, avec pour
volonté de rendre perceptible le son dans ses détails les plus intimes.
3_ « Devant la Torture des autres », Susan Sontag, in Multitudes,
juin 2004, http://multitudes.samizdat.net/
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