





Lionel Bayol Thémines masque et photographie des personnes dans leur réalité quotidienne. Souvent triviales, ces situations mises en images témoignent d’une indéniable familiarité à ceci prêt que les visages de ses modèles s’effacent derrière les traits codifiés de ces masques de lutteurs. Plus les instantanés se multiplient plus il est clair que ces personnes sont en symbiose avec leur masque, que ces masques sont indivisibles de leur personnalité. Comme s’ils formaient une espèce à part, évoluant dans un monde cohérent baptisé Titanes Land par l’artiste. Nous comprenons donc que ce monde n’est pas tant une parade costumée qu’un reflet déformé de notre réalité. Les Titanes existeraient donc caché de notre vue, évoluant dans une réalité parallèle que nous pouvons percevoir par le biais du témoignage photographique. Cependant, ce travail nous informe que les Titanes, eux, nous observent et qu’ils en savent plus long sur nous que nous ne le pouvons par le biais des preuves fragmentées que constituent le travail de Lionel Bayol Thémines. Intimity constitue l'épine dorsale de Titanes Land. Sorte de document ethnographique en immersion, il rend compte de la vie quotidienne des Titanes dans leurs gestes les plus communs. Avec la mise en situation du travail Intimity dans la série Landscape Invasion, il est question de confrontation, de glissement entre l'espace privé et l'espace public, mais aussi d'une infiltration de notre réalité par celle des Titanes. Les supports initialement dédiés à la publicité ouvrent une réflexion sur notre quotidien visuel, une fenêtre. Ce travail est le fruit d’une réflexion sur l’image, sa nature, son utilisation. D’un coté une image parasitaire, contaminant les ceintures des villes, les routes, les abris bus, etc.…de l’autre, une image privée, personnelle et singulière qui, à l’heure de la connectivité, se répand par des canaux immatériels. Tout à coup l’encart publicitaire se transforme en écran. L’intime privé est alors donné au plus grand nombre. Nous sommes assurément face à un piratage, une prise de contrôle. C’est le tableau d’une réalité saturée de stimuli visuels, un brouhaha où plus rien ne fait sens. Un terrain fécond s’offre aux Titanes pour signaler leur présence. Ils se montrent au grand jour et nous regarde regarder l’image qu’ils nous renvoient de notre réalité. Dans la série Keep border, l’espace du contrôle, de la frontière est mis en jeu. C’est dans l’eau sans repères géographiques, avant les cotes, les territoires, que les Titans se manifestent, surveillent, contrôlent, dans une gestuelle qui n’est pas sans nous rappeler celle employé par les polices. Tel des cerbères jaillissant des fonds marins ils présupposent par leur présence et leurs gestes le passage frontalier des territoires. Une magnifique occasion de nous émanciper et de reconsidérer ces paysages/ environnements, cette réalité que nous fréquentons quotidiennement. Une démarche de science fiction, qui, comme certains écrivains fréquentant ce style, en faisant mine de nous éloigner de notre environnement direct nous en ont rapprochés et ouvert la critique. Lionel Bayol-Thémines |